La victoire de l'éthique protestante en France roman.(Tous les précédents épisodes sont disponibles : il suffit de cliquer le titre du livre sur la colonne de gauche) 

Chapitre V, suite et fin. Les conclusions des entretiens entre l'écrivain et le Diplomate.

 « - Au cours de ce sommet, outre des contrats mirobolants entre Qatari, banques, PDG venus d'Europe et des Etats-Unis, réunis au Lutetia, (enfin, rien que de très habituel), les politiciens se montrèrent encourageants à la perspective de livrer les trésors nationaux à la gouverne de ces passagers planétaires de yachts rutilants. Les émissaires de la toute nouvelle et fraîche Europe élargie au plus offrant, -toutes cuisses ouvertes-, et pour qui le réel est toute chose mesurable, se gobergeaient de voir enfin la nation récalcitrante se défaire de son centralisme, briser l'élan fraternel des individus pour n'en faire plus que des atomes soumis aux caprices de la grâce divine, la sola gratia. Car n'allez pas imaginer que toutes ces transactions se sont traduites sans quelque caution éthique comme le mérite, l'utile et le développement permettant à chacun de trouver son intérêt, son « rôle », sa mission sociale qui n'est qu'un reflet d'un devoir plus primordial : celui que Dieu nous a assigné Lui-même dans ce monde pour nous rendre dignes de son élection...Un homme d'affaires allemand influent a déclaré dans l'indifférence générale de l'insipide idéologie : « La mission de l'Europe n'est-elle pas de faire œuvre utile en montrant enfin ce qu'une zone pacifiée peut apporter en terme de développement social et économique pour la communauté et pour l'individu ? Une liberté plus grande, plus ouverte, une liberté enfin transnationale où chaque homme aura conscience d'oeuvrer aux intérêts de sa communauté en même temps qu'à la prospérité du monde ? N'est-ce pas la voie que l'Europe doit emprunter enfin ? »

...Evidemment, -poursuivit le Diplomate-, ce discours est tellement commun qu'on n'en voit plus les spécificités ; il est si tiède et si consensuel que personne n'en saisit le sous-entendu à savoir, la prospérité comme l'élection des hommes, la vertu par laquelle un homme a su prouver son attachement au monde et son détachement en même temps, -son détachement par rapport à une organisation politique étatique et nationale qui entraverait la réception de sa « grâce » à un niveau mondial : voilà l'évangélisation enfin achevée ! Aussi la raison, celle qui promeut l'idée de modernité et l'essentiel sur quoi elle repose, -son organisation- doit être intégrée par chacun des membres de la communauté comme but essentiel, sacré, révélant la puissance de cette éthique tout en en rendant les ressorts insaisissables avec le mystère des flux capitalistiques. Ainsi, le protestantisme, dans les éboulis maintenant -plus fort à l'état de scories que dans son éruption révolutionnaire-, a-t-il réussi à rendre le miracle divin à la portée des hommes, une horizontalité où chacun est à égale distance et égal intérêt de l'autre !  Ainsi, donc, et regardez bien, Reine, s'est-Il maintenu dans sa transcendance en se rendant paradoxalement totalement immanent puisque de fait, tout homme est un maillon de sa chaîne, une cause et une conséquence de sa grande épiphanie. D'où, la sensation de magie qui semble entraîner le monde à ses pieds : le capitalisme conserve dans son envol, sa puissance irrationnelle faite de tous les hommes, et leur échappant à tous avec l'appui et la finalité d'une organisation impeccable de rationalisation. C'est tout à fait divin. Mais je pense que vous y voyez, bien sûr, la signature du Diable !

- Oui, vous me devinez ; et je pense que vous y adhérez sans le dire ! On avoue aisément croire en Dieu. Mais le Diable, bien qu'il soit sous nos yeux à chaque minute, n'amène jamais personne à dire qu'il existe réellement, alors que son omnipotence devrait nous terroriser, mobiliser chacune de nos forces à tout instant ! Peut-être parce qu'il n'y a pas à y croire, justement. Il est partout insaisissable puisque dispersé en toute chose : dans nos pensées, dans nos émotions, nos amours, l'éducation des enfants, chez le pédophile dont il a entièrement investi l'âme, chez le criminel, l'idéologue, dans le principe même de la vie qui programme la mort des cellules, le deuil, le vieillissement, la maladie, la joie elle-même qui est pacte avec le Diable, le plaisir etc...Chaque fois que l'on se refuse à souffrir, chaque fois que l'on se révolte contre notre condition, Il apparaît et nous vendons notre âme pour quelques minutes de répit que nous appelons « bonheur », alors que notre damnation est consanguine. Dieu ne peut tout simplement pas être réalisé ; et l'extase d'un homme, le sauvetage d'un innocent, le miracle d'une guérison, le petit exemple qui contredit la règle, ne rachèteront jamais, vous entendez, JAMAIS, l'oubli, le grand oubli auquel la mort nous voue tous ! Tous ces philosophes et ces théologiens m'emmerdent avec leur demi espoir, leurs petites merdailleries conceptuelles pour nous faire gober le fait intolérable de vivre ! Ah oui, vivre, mais comme un saint mystique, ce qui pour la plupart des philosophes n'est pas vivre ! C'est pourtant la seule façon de ne pas forniquer avec le Diable ! De ne pas confondre l'argent et Dieu, de ne pas confondre l'Amour et la tuyauterie sexuelle, de ne pas confondre liberté et petite saloperie qu'on s'autorise ! Il faudra éduquer les hommes à la continence, à la retenue en toute chose, le voilà l'avenir promis par la Nature ; et ceux qui ramollis dans leur confort n'auront jamais pris une douche froide de leur vie, n'auront jamais résisté à la moindre tentation, n'auront pris de ce monde que matières à se goinfrer sans travailler de leurs mains ou de leur tête, ceux-là, émanations pourtant de l'espèce évoluée, seront les premiers à disparaître en vertu de la sainte sélection naturelle...Ah oui, je vous étonne avec mon parler moyen-âgeux...justement, tous ces esprits moyen-âgeux dont on ne soupçonne même plus les espérances...des fanatiques de l'Espérance, les Moyen-Ageux ! Et même les élans les plus mystiques ont souvent tourné au vinaigre. Les mouvements réformés constituaient de véritables révolutions contre la corruption catholique, le relâchement des mœurs ; les révoltes qui frappèrent la Bohême et l'Allemagne surtout (décidément, cette Allemagne...) de la fin du Moyen Age jusqu'à la Renaissance, appelaient à une abolition de l'argent, propulsaient des Pseudo-Christ sur la scène de leurs désirs apocalyptiques...des fanatiques qui tranchaient la tête des notables catholiques modérés, et bien-sûr et toujours hélas, les Juifs au passage, poussaient la contrition christique à un point qui faisait frémir la papauté. Et curieusement, ces mouvements versaient très fréquemment dans les plus étranges débauches une fois qu'ils avaient instauré officiellement l'avènement du Millenium. Et il y eut bien plus furieux que Thomas Müntzer à en croire l'historien Norman Cohn. Le paradoxe de ces étranges convulsions mystico-sociales est celui que l'on retrouve en pays puritain : car là où l'argent et l'industrie du sexe prospèrent, quelques vieilleries pudibondes de Pilgrim Fathers traquent une malséance corrigée de politiquement correct. Tout doit se passer dans le corps et l'âme de l'individu, son paraître social ne devant faire qu'un avec sa vie intérieure : c'est ainsi, en se rendant transparent aux yeux des hommes, que l'homme protestant pense pouvoir mieux comparaître devant Dieu, la confession devenant publique, la faute sanctionnée par la dégradation sociale. Ce modèle a pour mérite d'effacer la hiérarchie sociale de naissance et c'est pourquoi, même un pays communiste peut l'adopter facilement. L'éthique protestante a vaincu le monde à l'envers de ce qui anima son esprit d'origine ! Mais alors, comment avez-vous pu ne pas le voir ?

- J'étais matérialiste et voulais le capitalisme ! 

- Pourquoi, si aujourd'hui vous semblez déplorer ces mauvais tournants, pourquoi vous y êtes-vous plié de bonne grâce alors ?Je poursuivais mes questions jusqu'à lui demander pourquoi n'avait-il pas préféré se ménager une retraite anticipée à l'écart de la tourbe politicarde après avoir dûment, en toute conscience, retourné les cartes à la face du peuple afin qu'il sût dans quelle partie de mistigri on le faisait jouer ? Oui, pourquoi en dernier ressort avoir choisi en moi un canal pour ses confidences, moi -comme il n'avait pas manqué de le souligner en me flattant habilement -via ma négligence vestimentaire qui traduisait une forme d'incorruptibilité et plus vraisemblablement une modestie de moyens- mais de si peu d'écho sur l'opinion, l'écrivain à l'ombre de l'histoire des lettres, l'auteur assigné à résidence d'un blog et de quelques auto-publications qui n'avaient jamais pu excéder un public en tout état de cause fort limité, oui pourquoi ? Et je me disais que ce choix, comme ces non-choix étaient diaboliques peut-être, car le Diable ne s'adresse pas à une personne prise au hasard, mais bien à celui qui a toujours cherché la vérité, à celui qui a toujours souffert aussi d'un manque de vérité. A celui qui, affamé dans le désert, victime d'hallucinations, finit par croire en ce qu'il voit depuis son harassement, à celui qui abaisse toutes les défenses pour recevoir une parole. Ma solitude avait été si grande, mes appuis si rares que ma marginalité n'aurait pu séduire qu'un saint ou qu'un dévoyé intelligent et manipulateur, m'employant pour le blanchir. Toute personne dotée de malveillante intelligence peut clairement comprendre qu'on peut me piéger avec l'écriture car l'écriture m'a piégée comme on n'imagine pas, tant on associe bien hâtivement le cheminement de l'écrivain à la liberté. Mais cette liberté, c'est le piège ! La liberté n'est pourtant pas un leurre contrairement à la tentation de la considérer comme une aliénation paradoxale. Non, la liberté s'oppose en tout point au confort suffocant d'un piège puisqu'elle est infinie, insaisissable, fuite en avant. Sans cesse, elle vous ouvre un nouveau vertige qu'il faut affronter seul. Nul cicérone à part celui que vous posez en muse dans votre imaginaire. Autrement dit, vous ne savez pas où vous allez, vous allez. De retour au bercail, vous reprenez votre souffle, pensez avoir retrouvé la paix ; vous n'êtes pas plus en paix qu'avant de partir, vous êtes simplement fatigué. Vous êtes presque heureux de rencontrer cette fatigue, la nécessité du repos. Mais à nouveau, un appel se fait entendre bien que vous n'ayez retiré de votre précédent voyage qu'un faible réconfort, quelques rencontres oubliables comme toutes les rencontres de passage : la littérature est une errance, je le dis souvent, je ne suis qu'une juive errante en quête d'une patrie perdue et retenue dans quelques paroles prophétiques qui font scintiller leurs intonations dans l'intemporelle nuit des songes mystiques. Une errance et un pélerinage : un baton pour seul support, une ancre entre les amalgames des voix disséminées sur les cailloux des chemins et l'espoir d'un port unique où tous les infinis se rejoignent. Je suis libre et piégée dans ma liberté, de façon souvent désespérante, incommunicable, mais libre avec tout le prix à payer. Ecrire pour de bon, je veux dire sans rien attendre d'autre que l'écho de sa solitude -tout en espérant autre chose aussi-, c'est d'abord payer le prix : la grande solitude, le silence de tous ceux qui auraient pu témoigner et qui ne le font pas, ce n'est même pas être humilié, crucifié, vilipendé, honni, rabaissé, attaqué : non, c'est être ignoré.

Le Diplomate, lui ne m'ignorait pas, n'ignorait pas non plus qu'il était parfaitement tentant pour moi de succomber à sa « vérité » : toutes mes souffrances contre une vérité. J'étais tentée en diable.

-Vous me semblez dubitative...mais il est temps je crois, puisque je vous ai confié la vision d'ensemble de vous retourner la dernière carte.

Le salon japonisé à demi remuglait le voyage en première classe et l'amateurisme d'art de bon aloi dans la profession du Diplomate. Un kakemono, une estampe, un paravent avec panneaux représentant geishas en promenade et un autre où elles jouaient du koto disposé entre la bibliothèque et le bureau me le claudélisaient ironiquement ; il me surprit à le surprendre dans ce qu'inévitablement mon esprit tombé depuis longtemps de sa première innocence ne pouvait voir que comme un relent de raffinement bourgeois en texture de soie diplomatique, c'est à dire, d'homme qui a faussement voyagé, ; il en va de même de l'homme politique qui ne connaît rien de la société qu'il gouverne la pupart du temps et dont il a une idée sans trace sur ses mains, sans salissure sur ses vêtements, à part peut-être l'encre qui se déverse sur ses discours et qui de temps en temps éclabousse sa chemise : ces hommes traversent le monde comme le vent ; invisibles et enflés de mots, ils font plier les arbres. Ainsi, je ne songeais plus qu'au nouveau rôle du parler-vrai que se donnait le Diplomate après avoir joué celui du maître-chaffouin obstinément sur un théâtre où d'évidence le décor nippon pouvait être reçu comme l'insigne marque du privilège des hommes de goût, même s'il m'eût paru alors que l'argent avait considérablement réduit le spectre des choses rapportées de ce monde et que somme toute, nous n'avions en dépit de l'authenticité certifiée des objets ci-présents, qu'un succédané de pays. Mais, alors qu'il se servait un thé, je sentis sourdre la vérité derrière le masque. Il m'entretenait non pour soulager sa conscience ou encore répondre à un souci de vérité que la déontologie diplomatique prohibait mais bien pour durer encore un peu, ne pas passer de la scène à la coulisse sans quelques rappels et applaudissements et derniers tours de piste. Certes, dans ce moment intermédiaire entre la scène et les adieux, il pouvait un peu enlever sa perruque, retirer ses postiches, dégrafer sa chemise ; le public pouvait aussi laisser tomber l'illusion qu'il ne faisait qu'un seul et même homme avec son personnage, mais ma foi, on y était encore, l'éclairage suivait son panache, les spectateurs entrenaient dans les claps de leurs mains leur complicité avec le comédien ; on le retenait et on ne voulait pas voir mourir la scène, on ne voulait plus se quitter et retrouver chacun l'ennui de nos vies : quelque chose s'était interposé entre la facticité du lieu, du moment, du personnage et l'esprit de la foule anonyme plongée dans le noir, quelque chose qui n'appartenait plus à personne mais qui possédait tout le monde comme un secret dont on aurait eu vent mais que chacun s'obstine à conserver au fond de lui comme un ressort de ce qui le révèle dans une dimension aussi opaque que vraie. Qu'importait pour le Diplomate de n'avoir pas dit plus tôt ce qu'il présentait comme des vérités d'importance, qu'importait que son cœur apparemment n'ait pas toujours été d'accord avec sa bouche, il n'avait sans doute guère souffert de ses demi-mensonges de même que maintenant il ne souffrait guère de révéler ses demi-vérités du moment qu'il occupait un bout de scène. 

Mais voilà que le Diplomate me sent absorbée à le déchiffrer et donc à sentir les trucs de ses petits tours de prestidigitateur sur le retour. Il voulut me faire oublier cette ultime et décisive impression en s'employant à une tirade pleine de sens, à me toucher dans ma fibre littéraire :

- Terminons, ma chère ; nous sommes au pays de Molière et non de Shakespeare. Ce qui signifie que toute notre lucidité s'emploie à rire de nous, contre nous mais tel Arnolphe de L'Ecole des femmes, nous ne pouvons que nous séparer de la communauté humaine, faire sécession, nous exclure de facto du concert de la raison espérante une fois que l'innocence de nos travers humains nous éblouit d'une lumière si intense qu'elle efface toute la subtile nuance par quoi s'équilibrent la grandeur et la misère, l'une s'alimentant de l'autre pour exister de façon autonome bien que dépendante et nécessaire : la misère n'est misérable que si la grandeur l'augmente et magnifie sa bassesse à travers le rapport des contrastes, phénomène que les peintres connaissent bien à travers l'étude des couleurs complémentaires, des brillances, des niveaux de clarté etc...Bref, l'idée qui complexifie tout : l'absolu n'émane que d'une relativité, que des rapports où s'annulent ou se renforcent les ingrédients qui le composent. L'intelligence de la comédie est bien plus nuisible que la noire grandiloquence de la tragédie où mal et bien finissent par se pondérer : le roi Duncan est vengé, l'ignoble destin de Macbeth s'achève comme il a commencé : dans le sang. Tout est réparé. Et ce n'est ni le cas d'Alceste ou d'Arnolphe, cette chose ne vous frappe-t-elle pas ? Alors que la comédie exige une fin sans douleur ni dommage, la voilà bien plus noire que la tragédie. La France vit et meurt dans la satire. Quoi d'étonnant qu'elle s'achève dans la parodie la plus caricaturale, pendant logique du contraste opéré par la Révolution...La France est donc devenue, en d'autres termes, apocalypse de néant après avoir été apocalypse d'absolu, je vous rejoins en tout, vous le voyez. C'est sans doute dans cette impasse de conscience que les choses ont été décidées : puisque la France ne peut être catholique jusqu'au bout, -sociale, aimante, universelle, forte, messianique, conquérante-, dans un monde gagné au protestantisme, à la valeur marchande où la grâce n'est que la résultante de la réussite sociale, on la fit hybride et donc affaiblie de son héritage révolutionnaire génétiquement modifié en libéralisme d'acception anglo-saxone, en échange de quoi on laissa à l'Etat le soin d'organiser simultanément son propre démantèlement ; et, dans cet auto-appauvrissement, on le fit charitable de sa propre souffrance, déplaçant ainsi l'opportunisme de la mesure de « containment » des colères sociales sur son dos de pauvre bête qui a toujours incarné l'os catholique de la nation française...(rappelez-vous que le roi Louis XIV fut être à la fois représentant de la France et de Dieu, de l'Etat et de l'Eglise, de l'administration et de la charité : comprenez que l'originalité du modèle français tient davantage d'Israël -le roi de justice oint- que de l'habeas corpus : de la Loi plutôt que du Droit..., de l'esprit plutôt que la lettre)...La France a donc sciemment été défigurée parce qu'elle ne correspondait plus à l'air du temps. Plus encore, on la sacrifia, en enflant son corps de matières incompatibles dont l'accouchement ne pouvait être que monstrueux... »

J'étais avouons-le, subjuguée, enchantée même, par le triomphe de la pointe finale ; les nébulosités des troubles politiques récents se dissipaient peu à peu avec ce forage dans les nappes souterraines de la métaphysique politique du Diplomate : l'impression subreptice des chatteries japonisantes du décor retombèrent en ces paroles qui donnaient aux précisions précédentes le cadre général, la cohérence d'ensemble où elles s'ancraient. Il y avait donc à chaque convulsion sociale, économique, politique une origine, un trait essentiel décoché depuis un lieu traversant l'histoire ; on dévie cette flèche et non seulement on perd le lieu d'origine depuis laquelle elle est tirée mais en plus, et par voie de conséquence, on perd la direction. La France avait été déboussolée et quelque chose n'avait pas survécu dans ce déroutement. Le Diplomate n'affichait aucun orgueil mais observait en moi les mots se métaboliser avec satisfaction. Je comprenais et c'était pour cette raison que ma présence avait l'air de le ravir. »