2017- L'année politique.

A l'heure où j'écris ces quelques mots, je compose un roman, ou plutôt je me débats péniblement avec les résistances narquoises d'une architecture romanesque dont les fondations ne sont rien d'autre que les ruines de "notre paysage politique", selon la formule consacrée par des journalistes plus ou moins compétents. Au-delà de ce que ces mêmes journalistes nous livrent parcimonieusement, partiellement ou pas du tout -puisque des informations de premier plan ne sont accessibles que par une forme de déconditionnement d'abord, de curiosité intarissable ensuite, de recherches incessantes et recoupées qui permettent in fine de saisir la dissémination des idéologies dans une époque soi-disant peu idéologisée-, mon roman se risquera à remonter les bras de tous les confluents dans les seules limites des capacités physiques de l'auteur (ou d'endurance, si l'on préfère ; oui, finalement je choisis "endurance" tant par la racine du mot que par l'évocation poétique d'une rivière de Provence que je rencontre si souvent dans mes déplacements et qui confère à ma métaphore la consistance de la vie) en espérant retrouver le fleuve qui conduit à la source dans le mythe contemporain par excellence que constitue le complotisme, employé ici pour les besoins de la fiction qui prendra nécessairement de nombreux détours. Aucun agenda ne préside à l'ouvrage ; il rencontrera son point final quand je l'estimerai doté d'une vie organique aussi autonome que possible, et partant, je ne négligerai pas de le charpenter des nouveautés d'un cru 2017, que je prévois, sans grand risque, éminemment politique. Elections américaines, élections françaises, traités économiques, questions migratoires, bataille de Mossoul, retour des djihadistes en France, chômage de masse, risques écologiques, risques financiers (banques européennes, emprunts toxiques des banques américaines), crise potentielle des matières premières : on se doute bien que mon mythe complotiste s'ancrera dans une lecture apocalyptique par le dessein et donc l'origine de l'Occident, situant les mille et un faits politiques au niveau de la surface apparente d'un complot métaphysique.

Ainsi donc, l'année 2017 pourrait bien être celle qui révélerait l'antagoniste de la raison, raison tout autant ordonnatrice et donc féconde que folie instrumentalisante de l'homme, confiscation de sa singularité au profit de la grande Machine politique, économique, sociale etc...que tend à devenir notre monde sur-manufacturé, standardisé.

L'entrée de l'hurluberlu en politique qui grippe le ronron d'une démocrassouille sûre de sa légitimité morale en dépit de ses patents échecs, atteste de cette fatigue de la raison brandie comme un étendard vide : le Trump outre-atlantique contre la Clinton hyper-institutionnalisée ; le Front national ici qui à force d'incarner le diable en personne, en vient à représenter, dans une part non négligeable de la population, le plus pur ange politique (angélisme accru par la condamnation unanime des imbéciles de la sphère politico-médiatique...à croire que ces crétins ont tout fait pour rendre ce parti désirable) puisqu'il n'aurait pas encore été corrompu par l'exercice du pouvoir contrairement aux autres partis déjà chus de leurs presque quarante ans de gouvernance : le discours convenu contre ceux qui menacent les intérêts des honorables (lesquels n'ont pas démontré qu'ils l'étaient davantage que leurs adversaires) aura produit l'effet inverse de celui escompté. Trump et le Front national là, échoueront peut-être (ou probablement affirment certains) dans leur accès au pouvoir. La raison nous le ferait souhaiter, mais la raison sans raison nous entraîne aussi dans une spirale infernale, comme je l'ai précisé plus haut ; si ces deux-là sont écartés du pouvoir, nous aurons droit à des politiciens dévitalisés qui n'ont rien de neuf mais dont on nous assurera qu'ils nous prémuniront de la catastrophe. Seule l'habitude de notre civilité démocratique nous fera tenir, à moins que quelques graves entorses -qui ne manqueront pas d'arriver- à l'équilibre déjà fragile de nos sociétés ne les fassent vaciller dans l'insurrection, voire la révolution. Le paradoxe serait alors celui d'Oedipe qui s'efforçant d'échapper à son destin ne fait qu'en précipiter le fatal déroulement : la catastrophe pourrait bien advenir de notre peur de la voir advenir.

Quant à ces hurluberlus, en admettant qu'ils remportent les élections, ils ne pourront que s'attirer des océans d'hostilité s'ils ne mettent pas de l'eau dans leur vin ; et ils le feront immanquablement pour gouverner, ne serait-ce qu'un peu. Ainsi, les changements qu'ils amèneront seront sans doute moins considérables que ce que l'on nous fait imaginer et craindre sur toutes les ondes ; alors non, pour ma part je ne mordrai pas à l'hameçon "du pacte républicain", la chanson éprouvée de la vieille racoleuse en pleine déchéance physique mais toujours habile à dissimuler ses difformités pour affriander un client pas trop regardant. 

Ainsi, les choix qui se présentent à nous sont ceux des couples usés : ils peuvent préférer rester par habitude, leur union dût-elle les rabougrir, les enterrer vivants : démocratie sociale sans libido, mariage de raison jusqu'à la mort dont le seul prestige est la durée de l'agonie. Car d'évidence, les papy-politiciens déjà présents depuis trente ans ne proposeront pas d'idée neuve en rupture avec "eux-mêmes" ! Nous mourrons avec eux. L'autre choix est celui du risque : quitter le lit de la raison pour y trouver une maîtresse un peu givrée qui n'a pas froid aux yeux, provocante à souhait mais dont les excentricités finissent par mal dissimuler le vide derrière les mots et les tours qui avaient initialement piqué notre curiosité. Car la vulgarité ontologique de Trump ne peut quand même pas nous échapper : boîte à fric, issu du pire de la télé, entouré de nénettes siliconées...

C'est pourquoi 2017 sera peut-être l'année de la révélation apocalyptique de l'Occident. Mon roman a du pain sur la planche...