Pour ma seconde participation au Ray's Day, chaleureuse manifestation littéraire marquant l'anniversaire de la mort de Ray Bradbury chaque 22 août, et pour laquelle nouvelles, récits inédits peuvent être présentés en toute liberté et gratuité (ici:

Le 22 août prochain, fêtons la lecture, les auteurs et les livres

En 2012, Ray Bradbury s'est définitivement envolé pour Mars. Avec son départ, nous avons perdu un amoureux des livres comme il en existait peu. La passion que Bradbury entretenait pour les livres, les bibliothèques et plus généralement pour la lecture était contagieuse. Le 22 août prochain, Bradbury aurait fêté son anniversaire.

https://raysday.net


), j'ai décidé à l'instigation de Thomas Galley, -qui m'a fait déjà l'honneur de publier deux de mes nouvelles érotiques sur son excellent blog dédié à la littérature de ce genre, à savoir La Bauge Littéraire, de participer avec lui à l'événement (ici :


La Reine et le Sanglier - de retour pour le RaysDay ! - La Bauge littéraire

Dans exac­te­ment une semaine, le 22 août, la toile va célé­brer la troi­sième édi­tion du Rays­Day. Cet évé­ne­ment, créé à la mémoire de Ray Brad­bury par Neil Jomunsi, l'animateur de page42.org, site incon­tour­na­ble consa­cré à l'édition, à l'écriture et aux ques­tions du par­tage des conte­nus, a trouvé un écho plus que favo­ra­ble dans la com­mu­nauté lit­té­raire - dans le sens le plus large pos­si­ble - avec une bonne cin­quan­taine de par­ti­ci­pants rien que pour l'édition 2016.

https://baugelitt.eu


)-, en remettant mon récit De quels feux ? sur le tapis de mon blog. Ici même, donc, vous pouvez désormais la lire dans son intégralité (ci-dessous en PDF). Je rappelle qu'elle demeure disponible sur le site de La Bauge, accompagnée du texte critique de Thomas Galley permettant de prolonger la création du texte par celle de la lecture, dégageant les pistes essentielles que j'ai tenté de poser sur le chemin et que le lecteur attentif a eu l'obligeance d'observer et de déchiffrer.

Après la nouvelle, vous pourrez trouver une sorte de postface de ma part qui tente de poser quelques principes qui ont prévalu dans la création de cette nouvelle. Elle s'adresse à tous ceux qui voudraient pénétrer un peu plus profondément dans le territoire des intentions de l'écrivain, des contraintes qu'il s'impose, des libertés qu'il s'octroie. L'exercice qui consiste à confronter une expérience de lecture et la création est toujours passionnant. Et pour l'instant, bonne lecture !

(en PDF)

Reine_Bale_De_quels_feux__1_

Postface

Il serait malséant de ma part d'être à la fois auteur et lectrice de ma propre nouvelle : lire, comme je viens de le dire et comme Sartre l'expliqua fort bien avant moi dans Qu'est-ce que la littérature ?, est l'acte par lequel l'oeuvre existe avec celui qui en éprouve et en cherche le sens. Rien d'ailleurs ne m'ennuie plus que les écrivains qui théorisent leur oeuvre comme pour se substituer aux interprétations possibles et barrer celles inspirées par la liberté du lecteur, liberté créatrice qui offre à l'oeuvre son caractère inépuisable si celle-ci est réussie, bien sûr. Mais comme souvent ce blog s'est proposé d'expliquer mes choix dans l'acte créateur, qu'il s'est essayé autant qu'il a pu à penser l'enjeu de la littérature contemporaine, il ne me semble pas superflu d'apposer à la lecture quelques miennes intentions de forme et de fond en amont de l'écriture et qui permettront au lecteur, si la démarche l'intéresse, de comprendre que même une nouvelle de trente pages (et j'allais dire, surtout un récit court) se pense dans son esthétique et son propos.

Il n'est aucune recette pour écrire à part lire, écrire, lire, écrire. La littérature s'impose parfois des contraintes qui paradoxalement n'existent que pour être excédées. En voici deux, très concrètes, qui présidèrent à l'écriture de De quels feux ? La première est quantitative : la forme courte s'imposait pour être présentée aux lecteurs du festival de lectures érotiques que Thomas Galley proposait sur son site. En effet, tout l'été des auteurs offrent des récits de taille variable au demeurant ; mais il m'a paru que la nouvelle unique, dense dans son propos, réunissant des thèmes qui me sont chers à travers des personnages avec lesquels je voulais laisser au lecteur potentiel tout loisir de s'identifier (positivement ou négativement, j'y reviendrai) serait plus à même de faire apprécier l'idée d'un festival de la participation singulière et singulièrement marquée de chacun de ses contributeurs, d'une facture différenciable, d'un récit qui ne peut être confondu avec aucun autre. Cette contrainte que je me suis imposée, m'a donc forcée à doser : à développer la psychologie des personnages quand il le fallait, à pousser des accélérations et à ménager des ellipses qui ne devaient pas rompre la fluidité, la cohérence du récit. Ainsi donc, j'ai opté pour un découpage en trois étés précédés d'un préambule. Forme diachronique correspondant au nombre des personnages impliqués et octroyant la possibilité de suivre leur évolution à trois points cardinaux de leur vie, chaque étape étant le fruit de la précédente : le merveilleux de la rencontre, les impasses du désir, les ruptures. Trois étés qui font tourner les personnages comme des toupies autour d'un désir inaccessible.

L'image de la toupie (ou de la ronde infernale) me permettra d'expliquer également que cette nouvelle a été pensée comme un cercle : le préambule rejoignant la chute de la nouvelle, de la mort à la mort, la fin étant écrite par l'origine, l'origine appelant la fin. La forme, comme vous le voyez, ne peut-être pensée hors de l'image synchronique que je voulais donner du rapport entre l'homme et la femme, puisque précisément, c'est leur impasse que je voulais décrire, leur piétinement, leur fatalité à tourner en rond, les entraîner dans un étourdissement diabolique où le désir n'est plus que le piège tendu aux appétits de la chair, au besoin d'être aimé. Besoin avec lequel on naît et avec lequel on meurt sans que celui-ci ne connaisse de répit ou sinon, d'illusoire répit. Hors de l'histoire particulière et de son évolution singulière, se joue donc une répétition qui a valeur de loi des sentiments qui n'épargne personne. La femme de Pierre sera trompée puis abandonnée, Pierre à son tour sera trompé par Estelle et l'amant d'Estelle la trompe également. La boucle est bouclée : l'amour est un absolu trop faramineux pour l'amour humain. Estelle ira bien voir du côté de la mystique mais sans se détacher de l'amour humain puisqu'elle continue à écrire des lettres imaginaires à son amant que l'on découvre via son journal. Elle continue à vivre avec Pierre alors que leur lien ne tient que sur le mensonge. La réussite mystique aurait dû passer par une retraite franche des amours corruptibles pour se consacrer à Dieu.

Une seconde contrainte avec laquelle je devais composer était la facture érotique du texte. Or, il me semble que l'érotisme par essence, ressortit de la suggestion dans un dévoilement partiel. Aussi ai-je voulu laisser planer l'énigme des forces qui agitent nos personnages. Les forces qui habitent l'éros sont ambigues : lumière et obscurité, d'où le choix de l'été comme saison de franche lumière, mais lumière trompeuse, ou plutôt lumière qui projette d'immenses ombres conférant à la séduction une facture diabolique. Le charme de la saison, de la peau nue, mais aussi l'inquiétude de la mise à nu dans le fait d'apparaître à l'autre dans toutes ses faiblesses et s'y voir reflété sans apprêts, ni artifices. Le premier été est ainsi marqué par la joie autant que par la brutalité du dévoilement ; aussi ai-je transgressé en toute conscience une loi du genre, en laissant mes personnages sous l'éclairage cru de leurs failles, éclairage le plus anti-érotique qui soit, celle de la conscience de la séparation de l'âme et du corps dans la réaction de Pierre vis à vis d'Estelle, de la perte en puissance de son désir, prélude au thème de la mort. C'était pour moi une certaine gageure littéraire que de provoquer à la fois la sensation érotique du frottement des mots sur la chair (dans les scènes dédiées) pour répondre au registre de la littérature du genre, et de briser brutalement l'élan des sensations brûlantes pour installer le froid en plein hiver. Mais tel l'exigeait mon intention.

J'espère donc, à l'issue de ces quelques explications, que les lecteurs verront plus clair dans les choix en fond et en forme qui ont présidé à cette nouvelle ; j'espère aussi qu'il sera donné à ceux qui me font le plaisir de venir ici, d'apprécier la lecture de De quels feux ? autant que j'ai aimé l'écrire.