Sortie officielle de L'âge de déraison, mon premier roman paru aux éditions Chloé des Lys.

J'en ai écrit d'autres depuis, mais l'édition n'est pas une mince affaire...

Prix : 19 euros 30 (une gentille petite ristourne pour ceux qui commandent directement auprès de moi : reinebale@gmail.com),

Pour commander : sur le site de la maison d'édition directement, d'ici quelques jours,(chloedeslys.be), sur chapitre.com (le livre y est déjà référencé et facile à commander), chez votre libraire qui passera commande aisément, auprès de moi(certains y ont eu recours sans défaillance de ma part), chez Amazon...

Pour résumer, je dirais que c'est le roman d'une génération qui n'aspire qu'à une reconnaissance en pleine lumière, une génération narcissique à qui tout est dû et qui va nécessairement s'échouer abyssalement dans les couloirs des maisons de repos, lieux contemporains par excellence des egos éblouis d'eux-mêmes et aveugles sur le monde. L'héroïne est artiste-peintre et ne pense qu'à une chose : plaire. Plaire par son art ou plaire à un homme. Etre reconnue, aimée, convoitée. Mais son désir-monstre phagocyte tout sur son passage. Le retour de bâton sera nécessairement violent, suicidaire. Elle devra alors reconsidérer les bases sur lesquelles s'est édifiée "cette drôle de vision du monde". La singularité de notre personnage nous renvoie ainsi à la façon dont la société entretient un désir qu'elle n'est pas en mesure de satisfaire.

Je tiens à signaler l'exceptionnelle contribution du peintre Avella pour la signature de la couverture ; un sujet sur la peinture appelait une couverture à la hauteur.couv1_l__ge_de_d_raison

Merci donc pour cette "Death and pregnant woman" que j'aimerais voir traduite en "Jeune fille et la mort" pour mon roman.

Le livre a déjà reçu des critiques ; j'en ai sélectionné une provenant d'une enseignante (en littérature de la Renaissance) à l'université d'Aix en Provence : A. Carrolls. Merci à elle de me laisser reproduire ses réflexions. Cette critique est fouillée, c'est pourquoi je la présente. Je livrerai par la suite d'autres regards sur ce livre :

 "J'ai occupé ma soirée d'hier à terminer et à méditer L’Age de déraison. Et je voulais te faire part de mon enthousiasme ! On connaissait les romans de formation : je trouve que ton livre réinvente le concept et propose le roman de transformation. Ou comment, au tournant de la trentaine, alors que la "formation" est censée être achevée depuis longtemps (une vie de couple, un statut d’artiste, un réseau d’amis), le personnage d'Arielle s’aperçoit que son existence est fondée sur une bulle malsaine : le moi et ses satisfactions narcissiques. La bulle explose et c’est une remise en question radicale, suivie d’une renaissance au terme d’une narration qui fait alterner rétrospection des épisodes significatifs de son existence, galerie des amis et des proches dont les choix, qu’elle rejette, viennent nourrir sa réflexion existentielle, dialogues imaginaires avec le psy, et ultimes désillusions qui vont précipiter la chute (le repas chez Pierre et Elise, le retour pitoyable du prof jadis idéalisé, la scène de sexe avec Forta, et le viol évité de justesse chez Jean). L'incontournable labyrinthe du récit initiatique se traduit par les sinuosités de la narration. Et, aspect qui m'avait déjà beaucoup plu dans Civilisation perdue, l'errance du personnage permet d'épingler les errements et les turpitudes de notre époque : tu as un vrai talent de satiriste ! Les déboires d'Arielle permettent véritablement d'interroger notre modernité. Le procès qu’elle intente à son orgueil est aussi celui de la société, de ses hypocrisies et incohérences, avec ses normes, ses modèles et ses injonctions contradictoires : la libération de la femme MAIS le modèle familial de la mère dévouée à ses enfants... le culte du plaisir, de la performance, de la réussite individuelle MAIS l'idéal indépassable du couple avec ce qu'il
comporte de compromis et de renoncement.

 Ainsi ton roman pose simultanément une question de poétique et de sociologie: le modèle générique du roman de formation, avec sa narration chronologique, la construction linéaire et progressive du personnage, son accomplissement, est rendu obsolète par un nouvel aspect de la société. Normalement, le roman de formation, c’est le passage de l’enfance à l’âge adulte aux alentours de la vingtaine, au terme d'une série d'épreuves
 qualifiantes. Mais notre société produit des générations d’adolescents "prolongés", uniquement centrés sur leur petit moi, leur petit monde, leur petite carrière et leur petite réussite. Et qui se prennent pour des adultes accomplis. Leur formation est illusoire. Ton personnage prend conscience de cette illusion et accomplit son vrai passage vers la maturité. Mais pour cela il lui faut tout bousculer, tout réévaluer. L'accomplissement passe non
 plus par la construction (roman de formation ou d'éducation) mais par la déconstruction de tout ce qui a fondé l'éducation (d'où, peut-être, cette notion de roman de transformation). La structure heurtée, où se succèdent monologues intérieurs, narration classique et pages de journal, colle parfaitement avec le sujet du livre, qui est l'histoire d'un bouleversement. Ce bouleversement conduit Arielle à expérimenter la nécessité de la morale comme quelque chose qui permet à l’individu d’exister sereinement et de concilier sa propre intégrité avec la prise en compte d’autrui. Et ça, ça me parle vraiment : cette idée que la seule morale valable, c’est celle dont on expérimente la nécessité de l’intérieur, comme un besoin. Et non celle qu’on reçoit de l’extérieur comme une contrainte insupportable ou comme un discours tout fait qu’on accepte sans examen critique.


 Il y a plein de passages dans ton roman qui sont de vrais petits bijoux. J’adore par exemple la scène de la conversation avec Sylviane autour d’unepêche melba, avec le mécanisme de double énonciation (argumentation contre le féminisme extrémiste de son amie, et message subliminal envoyé aux hommes qui l’entourent) : c'es vraiment très drôle et très habile ! Et en plus ça pose la question de savoir qui des deux est la plus dissimulatrice : celle qui joue subrepticement avec le désir des hommes, ou celle dont le féminisme exacerbé n'est qu'une couverture pour masquer ses frustrations et sa peur des hommes ? J'ai bien aimé aussi la rencontre avec Daniel : c'est important qu'elle ait lieu dans un cadre universitaire parce qu'ensuite, chacun des deux personnages est emblématique de sa propre discipline : elle, avec son ego surdimensionné, est tributaire d’une conception romantique de la création et du génie ; lui pose sur la vie un regard de sociologue, plus sensible à la question du vivre ensemble que de l’accomplissement personnel. Chacun des deux met sa vision de l’existence en pratique dans le couple. D'où l'incompatibilité, qui était déjà en germe dans le débat entre sociologues et étudiants en art le jour de la  rencontre. Tout au long du roman, j'aime beaucoup la façon dont tu utilises
l’expression artistique d'Arielle pour figurer, au sens propre, l’état de ses pensées, sa vision de l’existence, son cheminement intérieur : de la défiguration de la Vierge comme refus d’un certain modèle de la femme, mère et pure, dévouée et parfaite, au triptyque de la faute qui montre bien l’hypocrisie d’une société dominée par un point de vue masculin, où l'homme tout à la fois exige le plaisir et condamne la femme qui le lui donne."